lundi 16 juillet 2007

Le bal des vampires

Hier soir, je suis allée à la réception donnée par le Consulat pour le 14 juillet.
Je sais, nous étions le 15 juillet, mais comme Dubai est toujours en retard niveau fashion (les filles arborent encore leggings et imprimés panthere), je pense que ce délai n'a choqué personne.


Les gens étaient plus occupés à deviser sur les trois sujets de conversation favoris de tout Dubaien qui se respecte: immobilier, le trafic et salik (le nouveau systeme de péage qui défraie la chronique à Dubai). En effet, pour combler l'ennui qui anesthésie la ville, surtout lors des mois brulants d'été, lancez ces 3 sujets de conversation lors d'un raout mondain. Ne pouvant évidemment pas parler de la pluie et du beau temps (il fait toujours beau et chaud à Dubai), vous etes à peu pres certain de faire mouche et fédérer la majorité de votre auditoire: chacun est intarrissable en histoires et anecdotes sur ces 3 précieux sujets.


Mais pour revenir à la réception de Mr le Consul, je dirais que je fus relativement déçue non par la climatisation capricieuse, ni par le discours inaudible du Consul, ni encore par la musique d'ascenseur insupportable que les hauts-parleurs diffusaient en boucle (on a meme eu droit à Titanic), mais par la qualité des gens présents.


A Dubai, j'ai appris qu'un passeport avait un prix, et la nationalité française est l'une des plus raffinées, juste une petite pointe d'accent nous confere immédiatement un crédit élégance-chic-crédibilité que j'ai souvent du mal à m'expliquer, car souvent mal fondé.


Surtout au regard des français présents à cette soirée: cela n'avait rien d'une réception de Mr. l'Ambassadeur, mais elle tenait plutot du bal des pompiers de Knock-le-Zoute. Beaucoup étaient en jean, t.shirt et baskets, j'ai meme vu un t.shirt tete de mort à paillettes, un chapeau de schtroumph orange, ou une starlette Bollywood Style. Non, Dubai n'est pas le spot fashion que le monde veut bien croire, parfois je me demande si beaucoup de français qui y débarquent ne seraient pas des asociaux demeurés incapables de trouver un emploi en France. Je sais, j'en suis moi aussi, c'est ce qui ne manque pas de m'effrayer.
La soiree a atteint des sommets quand on me presenta le sosie de Beatrice Dalle, fraichement debarquee a Dubai, et en quete d'un travail. A se demander pourquoi les gens debarquent a l'autre bout du monde sans meme savoir ce qu'ils vont y faire, mais je ne veux pas etre LDV. Bref, Superfille-Ciel, toujours prete a aider, demande dans quel domaine Beatrice veut travailler. "Dans le luxe" me repond elle, me toisant d'un air hautain du haut de son metre 80, comme si ma robe bleu klein, mon sac Chanel ne l'avait pas deja renseignee sur mon milieu. Pas decouragee, je lui demande pour quoi exactement, elle me repond encore "pour une marque de luxe". Dans un dernier elan d'humanite, je lui demande ce qu'elle faisait a Paris, si elle etait en marketing, commerce, finance, pour decouvrir finalement qu'elle travaillait "dans le luxe a Cannes"; elle etait vendeuse pour Montblanc! Je n'ai rien contre la vente, et il n'y a pas de sot metier, mais devant son air solennel, j'ai prefere tourner mes talons vernis Vuitton. La fete des ploucs battait son plein.

Heureusement, Superfille-Ciel et ses potes fashion étaient présents pour relever le niveau!

Ce n'est pas tous les jours que l'on voit de l'alcool gratuit à volonté à Dubai, et Superfille-Ciel se laissa bientot enivrer par le vin, les volutes de tabac exacerbées par la climatisation défaillante, et les petits canapés. La soirée passa trop vite pour que je me rende compte à la fin que nous étions entourés de tous les gens que je ne voulais pas voir sur un périmetre de 10 metres, et il fallut bien me décoller du buffet pour rentrer. Le glas avait sonné quand je réalisai le niveau des conversations qui m'entouraient: on parlait argent, salaires, et on s'échangeait cartes de visite.

Brrr! Grand moment de solitude: ce n'était pas le bal du 14 juillet, mais le bal des vampires, rappelez-vous la scene où Polanski et ses accolytes se retrouvent seuls face au miroir dans une salle pleine à craquer. Il était grand temps de rentrer à mon petit appartement bien douillet, apres avoir affronté en vrai la Sheikh Zayed Road embouteillée à minuit, et passer le salik.

4 commentaires:

Mais qui est Mzelle-Fraise? a dit…

Grande scène effectivement! tout celà m'a l'air loin du raffinement que j'ai constaté chez Mlle SuperFIlleCiel!

aurelia a dit…

grincant cet article...C'est vrai que le bilan n'etait pas brillant. Merci aux amis et aux desserts de m'avoir tenu compagnie :-)

Anonyme a dit…

Ce bal des pique-assiettes, un vrai condense de tout ce que l'on adore a Dubai: du show-off, du mauvais gout, du faux-fashion (j'adore les boutons en or sur blazer 3 boutons) et du manque d'education (la ruee vers le buffet et le vin rouge renverse sur mon pantalon!). Memorable, Mr l'Ambassadeur!

Superfille.Ciel@gmail.com a dit…

Une soirée "moisie" comme vous le dites si bien, Mr Anonyme.